En raquettes pour la Dent Parrachée.
ou... Comment 2 heures dans la tempêtes peuvent paraître en durer 24...!
L'expédition débute le samedi matin, dès 7h30 au départ de Bourg en Bresse. Ils sont 8 (sur les 15 initialement prévus) à monter en voiture en direction d'Aussois (Savoie). La météo annonçait un temps mitigé entre soleil et tempêtes pouvant produire des bourrasques à 60km/h. Il suffisait d'espérer que la tempête passerait dans l'autre vallée... mais espérer ne suffit pas toujours !... la suite va nous le démontrer.
Le groupe comprend: Sophie, Laurence, Annick, Delphine, Christine, Thierry, Denis et Philippe.
Jusqu'à l'approche d'Aussois, les 2h30 de trajets se déroulent tranquillement. A l'entrée du village les première congères de neige apparaissent en travers de la route... Ils sortent les chaines (pour l'anecdote, certains ont rapporté que d'autres, dont nous tairont les noms, ont tenté d'installer leurs chaines sur les roues avant du véhicule alors qu'il fonctionne par propulsion !... il est certain que village en parle encore !).
Les deux véhicules se garent juste à la sortie du village (1500m), le plus haut possible sur une route non déneigée. Le projet initial prévoyait qu'ils se garent au barrage du Plan d'Amont (2080m), duquel il ne restait que 2h00 de marche. En se garant beaucoup plus bas, ils viennent de rajouter 2h00 de marche à leur randonnée !
Qu'à cela ne tienne ! Il est 11h00, casse-croûte, répartition des affaires dans les sacs et départ... euh...non... où sont les repas du soir ? Dans le garage de Philippe à Bourg ! oubliés !
Retour à Aussois et achat de nouvelles denrées.
A 12h00, la troupe s'élance sous le soleil, progressant en raquettes dans 10cm de neige fraiche. Les deux premières heures d'ascension se déroulent le long des pistes de ski puis en sous bois dans un magnifique paysage saupoudré de neige fine éclairé par le soleil perçant entre les nuages.
Il est 14h00, le groupe est arrivé en dessous du chalet Combet (2150m). Les premiers flocons font leur apparition entre deux rayons de soleil. Les premières congères sont là aussi. La progression ralentit dans une neige fraiche montant jusqu'aux genoux. Les relais se mettent en place pour faire la trace.
A 15h30, ils croisent le ruisseau de la Fournache (2300m). Au passage d'un goulet rocheux, le vent se met soudain à forcir, entrainant la neige pulvérulente posée sur les crêtes. La tempête a choisi leur vallée pour s'exprimer ! Chacun s'équipe; les gants, les capuches, les bonnets sortent des sacs... Pour l'écharpe d'Annick, c'est trop tard ! Elle vient de s'envoler (l'écharpe... pas Annick !).
Les bourrasques deviennent de plus en plus violentes mais la pancarte indique que le refuge est à 1/2 heure de marche... en route !... Les rangs se resserrent, les têtes disparaissent dans les cagoules et le groupe progresse... de plus en plus lentement !... Dans les combes, la neige arrive maintenant jusqu'à mi-cuisse. Les bourrasques annoncées à 60km/h se rapprochent maintenant des 120km/h. Il n'est parfois plus possible de progresser et le groupe attend le passage du coup de vent pour repartir. Le paysage disparaît dans la tourmente, chacun baisse la tête et la progression se fait à l'altimètre. Le refuge se trouve 150m plus haut... quelque part !
Le leader tente de privilégier les passages en crêtes soufflées par le vent, pour ne pas trop peiner dans les épaisses couches de neige. La troupe prend peu à peu de l'altitude. Chacun est régulièrement bousculé par des bourrasques et se trouve jeté à terre sous les coups de buttoir du vent. Il faut parfois s'arrêter en se plaquant au sol pour laisser passer la fureur de la tempête. Chacun gère ses efforts, son stress et ses doutes en solitaire... et la progression lente continue... la solution est quelque part au dessus !
Il est bientôt 17h00, ils marchent depuis 5h00, la nuit tombe.
Annick se rappelle soudain qu'elle a perdu son écharpe dans le vent. Sous la poussée d'une bourrasque plus pernicieuse que les précédentes, elle s'envole dans la pente (en espérant peut-être rattraper son cache-nez !). Elle part en roulade sur une dizaine de mètres ! Pas de bobos... mais ça fait 10m de perdus qu'il faut remonter !
Ca y est ! Les premiers aperçoivent l'ombre du refuge se dessiner dans la tempête.
Premièrement: trouver la porte. Deuxièmement: la pelle pour dégager la porte...Sauvés ! Ils pénètrent enfin dans le frigo ! Troisièmement: chauffer la pièce. Il leur faudra plus de 3/4 d'heure pour allumer le poêle et rendre le lieu accueillant ! Chacun peut enfin trier ses affaires, nettoyer son sac de la neige que le vent y a fait pénétrer... et déguster un thé chaud en comptant ses engelures (des nez, des joues, des doigts qui resteront encore douloureux durant quelques jours)... En consultant la météo par téléphone, le soir, ils allaient apprendre que la température était descendue à -14° avec un vent à 140km/h (soit une température réelle de -20°/-25°)... Bel exploit que cette fin d'ascension !
Ils avaient mis 1h30 pour parcourir les 150 derniers mètres !... et 5h00 pour arriver au refuge de la Dent Parrachée.
Après un repas copieux, ils installent les matelas sur les tables de la pièce principale pour bénéficier de la chaleur du poêle. La tempête soufflera toute la nuit.
Pendant que 7 membres du groupes vivaient cette épisode, Thierry (le 8ème élément) vivait le sien de son côté. Il avait choisi de monter en ski de randonnée par la route enneigée sans emprunter les sentiers praticables en raquettes. Son détour allait lui faire perdre une heure sur le reste du groupe et la tempête l'a surpris au niveau des premiers chalets d'alpage. Pas questions de tenter de monter seul rejoindre le groupe dans les bourrasques de neige qui effaçaient toutes traces. Il passera la nuit au chaud dans un des chalets, 300m en dessous du refuge. Un coup de téléphone pour se rassurer mutuellement et bonne nuit !
7h30, réveil, le soleil brille et le vent a cessé et le poêle a été scrupuleusement entretenu toute la nuit (merci les garçons !). Il reste à ranger, refaire les sacs et se lancer dans la descente qui s'effectuera en 2h00. Ils récupèrent Thierry au passage.
Le temps d'observer un lièvre variable, des chamois et plusieurs bouquetins, toute la troupe retrouve les voitures et la table d'un des rares bars ouverts à Modane un dimanche.
Un bon week-end particulièrement sportif sous une alternance de soleil, de nuages et de flocons de neige...avec un épisode de tempête bien géré qui restera dans les mémoires !
Un bravo appuyé pour l'ensemble des participants qui ont su gérer très efficacement leurs efforts, en puisant dans leurs réserves de volontés pour surmonter 2h00 de stress au milieu de la tempête.
Les photos sont ICI.
Celles de Sophie sont LA
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