
Aiguille Verte
- 4120m -
(44h00 pour la Verte)
"Avant la Verte on est alpiniste, à la Verte on devient montagnard " - Gaston Rebuffat -.
Les voici donc devenus "montagnards" en cette fin juillet 2010. Ils étaient 4 au départ, le lundi 19 juillet (... bon... à l'arrivée aussi, ils seront quatre... ouf !...).
7h30, la première benne du téléphérique des Grands Montets leur permet de gagner 2000 m en 1/2 heure. C'est toujours ça de fait, il en reste 1000 pour fouler le sommet de l'Aiguille Verte.
8h00, c'est parti sur les premières pentes de neige. Ils basculent rapidement à l'ombre de la face ouest, derrière l'arête de la Petite Verte. Premier rappel, première corde coincée !... Philippe et Denis remontent les 50m pour la récupérer. La progression s'engage en restant au dessous des différents gendarmes formant l'arête des Grands Montets (le topo précise qu'il convient de suivre des vires très visibles depuis Chamonix... bof !... visibles ???). Quelques pseudo-vires et quelques errements plus tard, ils arrivent au pied de la cheminée menant au col de l'aiguille Farrar. Un gros empilement de blocs instables qu'ils gravissent très précautionneusement !
Retour versant est pour contourner l'Aiguille Farrar. Ca passe... mais ils vont descendre un peu trop bas avant de devoir remonter un couloir qui les conduit au pied de la Tour Carrée. Second rappel coincé... mouflage... la corde est récupérée ! L'ascension de "la Carrée" peut commencer: une longue et raide cheminée très difficile à protéger, suivie d'une série de fissures très aériennes (C'est Florent qui s'y colle après avoir sorti les chaussons, suivi de Denis pour la deuxième cordée). La journée est bien avancée. Le sommet de la Carrée est rapidement parcouru, les rappels s'enchainent sans problème pour arriver au pied des Tours Ségognes. Philippe se lance dans la première cheminée (50m de piles d'assiettes bordant un étroit couloir de glace). Les crampons sont de sortie et les piolets indispensables. Les jurons pleuvent... les "Pieeeerrrrrres...!" précèdent de quelques secondes des orages de cailloux...! Le soleil se couche lorsque les 4 alpinistes se retrouvent au sommet du couloir pour le premier bivouac.
Chacun organise au mieux son matelas de cailloux... C'est étroit, chacun gardera son baudrier pour dormir ! Denis se lance dans la corvée d'eau (faire fondre la neige pour remplir les gourdes du lendemain). Pas le temps ni l'énergie de cuisiner, chacun finit ses sandwiches et dodo. L'histoire ne retiendra pas le nom de celui qui posa son sac sur le matelas gonflable de Denis... L'histoire ne se souviendra que du "Pshiiiit" expiré par le dit matelas agonisant sous la pointe du piolet fixé à l'arrière du sac !... Bonne nuit !... Sommeil bercé par les craquements et les chutes de séracs très (trop ?) proches du bivouac... ambiance !
Tût...tût... réveil à 4h00... Déjeuner très frugal et c'est reparti pour l'ascension des Tours Ségognes. Philippe "engage la viande" dans une succession de cheminées et de fissures quasi impossibles à protéger. Chute interdite ! Ils évitent un important détour en réussissant un lancer de corde par dessus une arête afin de gravir une dizaine de mètre de dalle compacte.
12h30, ils arrivent au col du Nant Blanc. C'est la fin de la partie rocheuse. Le sommet est 500m au dessus, au sommet de la calotte glaciaire. La descente des Tours Ségognes s'est faite en rappel avec une nouvelle corde coincée pour le dernier d'entre eux (Florent remonte la chercher). Thierry vient de se tordre la cheville, elle enfle sérieusement. La troupe est fatigué. Ils décident de jouer la prudence en installant un second bivouac... repos... cuisine des lyophilisés non consommés la veille... sieste... glace sur la cheville endolorie et nuit calme (le bivouac surplombe le glacier d'Argentière... les séracs tomberont sur l'autre versant).
Tût...tût... réveil à 2h00... Déjeuner tranquille... En route pour les 500 derniers mètres. La pente se raidit sérieusement. L'usage des 2 piolets devient confortable et indispensable. La progression sur les pointes avant des crampons génère des douleurs dans les mollets... Ils progressent, contournent les rimayes sans trop de difficultés. Le lever du soleil les rattrapent sous le sommet qu'ils atteignent à 6h30. VICTOIRE...! (température idéale, vision panoramique.... le paradis !)
Il faut rapidement songer à la descente. C'est une deuxième course qui commence. Objectif: l'Arête du Moine. Ils vont mettre 15h00 pour atteindre le refuge du Couvercle. Une très longue descente dans un environnement particulièrement instable. Des blocs gigantesques partent devant eux (... c'est toujours mieux devant que dessus !). Il faut chercher sans cesse son itinéraire, décoincer de nouveau quelques rappels, supporter un orage de grésil qui se transforme en pluie, évoluer sur les rochers mouillés (heureusement la pierre va rapidement sécher)... Ils descendent lentement en jouant la carte de la sécurité.
21h00, ils franchissent la rimaye pour prendre pied sur le glacier du Talèfre. La gardienne du refuge du Couvercle est prévenue de leur arrivée, elle garde des repas au chaud.
22h00, ils sont attablés autour d'une soupe, riz, escalope à la crème et aux champignons... le bonheur !... La nuit sera réparatrice avant un retour tranquille à Chamonix, le lendemain.
Une mention spéciale pour Thierry (petite expérience en alpinisme mais énormes ressources mentales pour aller chercher au plus profond de ses réserves d'énergie). Le prix du jury pour Denis qui a réussi à survivre 3 jours sans cigarettes ! (Quoi?... et les autres ?... ben... ils l'ont supporté !!).
Bravo les alpinistes...eeee.... les MONTAGNARDS !
Les photos sont ICI
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